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TOXINA BOTULINICA

Evenements


Assemblée Générale

bulletin n° 30

16 novembre 2002

M. Jean Breuillard


La toxine botulinique B, commercialisée sous le nom de Neurobloc, a été présentée par une représentante du laboratoire ELAN.

Les différentes toxines botuliniques correspondent à 7 sérotypes différents ( A, B, C, D, E, F, G ) et elles hydrolysent différents enzymes : par exemple, la toxine A hydrolyse l'enzyme SNAP 25 et la toxine B hydrolyse la synaptobrevine. Elles ont des mécanismes d'action similaires mais des sites d'action intra-cellulaires différents. En ce qui concerne leurs similarités, ce sont des neurotoxines de clostridium botulinum qui provoquent une paralysie musculaire ; toutes les deux ont une structure en doubles chaînes, lourde et légère ; toutes les deux inhibent la libération d'acétyl-choline et bloquent la conduction neuro-musculaire. La toxine B se conserve au réfrigérateur. C'est une solution prête à l'emploi, stable à température ambiante pendant 8 heures. La toxine B existe sous trois présentations différentes ( 2500, 5000 et 10000 unités ), ce qui permet une grande flexibilité d'emploi. Il n'y a pas de résistance croisée entre la toxine A et la B. En cas de résistance immunologique à la toxine A, la B reste active. Il y a maintenant deux toxines différentes sur le marché, la A ( Botox et Dysport ) et la B ( Neurobloc ). C'est au médecin de faire le choix en fonction de chaque cas particulier. 

La toxine botulinique A ( Botox ) a été présentée par un représentant du laboratoire ALERGAN, qui a orienté son exposé sur le problème de la résistance immunologique.

 L'exposé a été précédé d'un rappel historique : la première utilisation de la toxine botulique de type A ALERGAN a été réalisée par Allan Scott pour les troubles oculomoteurs ( strabisme ) dès 1973. L'autorisation de mise sur le marché a été donnée en 1989 pour les USA, puis, en 1993, pour la France, mais la toxine botulique est utilisée en France bien avant 1993. Les toxines sont arrivées en France, entre autres, grâce à un ophtalmologiste de Limoges, qui les utilise depuis près de 20 ans. Peu après, les toxines commençaient aussi à être injectées à Paris ( 1986 ). Une question se pose : puisque les patients concernés par ces traitements sont traités au long terme, y a-t-il des risques de développer des résistances et, finalement, de ne plus disposer de traitement pour traiter les dystonies ? Que dit la littérature spécialisée sur les risques de résistance ? Certaines études font état d'un taux d'anticorps qui varie de 3 à 50 %. Cependant, il faut prendre garde au fait que "présence d'anticorps" ne veut pas dire "résistance". Il y a résistance quand il n'y a plus du tout d'action de la toxine et non quand on obtient des effets moins importants que ceux obtenus auparavant. Pourquoi y a-t-il des risques de résistance ? Une toxine botulique est un ensemble complexe formé de protéines plus ou moins nombreuses suivant les toxines ; et ces protéines sont souvent responsables de l'apparition d'anticorps. Donc, plus on purifie les toxines, plus on enlève de protéines, plus on abaisse le risque de résistance. C'est à cet allègement de la toxine que les laboratoires travaillent inlassablement. Ainsi, par exemple, pour ce qui concerne la toxine botulique A ALERGAN, le laboratoire est parti d'un poids de molécule de 25 nanogrammes. Après purification, ce poids est passé à 16, puis maintenant à 5 nanogrammes. Le risque de survenue d'une résistance est donc très minime. Il y a aussi des réponses partielles au traitement, qui donnent l'impression parfois que l'effet est moins important. Peut-on alors parler de résistance ? Non, il faut plutôt tenir compte des conditions pratiques d'utilisation. Parfois, à la première injection, il arrive que les muscles ne répondent pas toujours idéalement. Il peut aussi y avoir diffusion du produit dans les muscles adjacents, ce qui rend l'injection moins efficace. Il ne s'agit donc pas d'une véritable résistance immunologique. On a beaucoup de recul maintenant au niveau des toxines pour comprendre que ce sont des traitements tout à fait fiables. On injecte les toxines depuis 1970 et il n'y a pas eu de mortalité dans la pratique clinique. Rappelons qu'il existe une autre présentation de la toxine A ( Dysport ), commercialisée par le Laboratoire IPSEN-BIOTECH. Ce laboratoire n'a pas participé à la réunion de Poitiers, se réservant la possibilité d'aider largement notre association à organiser sa réunion d'octobre 2003.

 QUESTIONS / RÉPONSES ORALES 

Question  : Je suis soigné à l'hôpital neurologique de S., où l'on enregistre des difficultés pour se procurer la toxine B, parce que les services de cet établissement n'ont pas été démarchés. Est-ce que la situation a été régularisée ?

 Réponse de Mme la représentante de la toxine B : Nous avons des responsables hospitaliers qui proposent la toxine B dans les hôpitaux. À S., à ma connaissance, ils sont présents. 

Question : Je souffre d'un torticolis spasmodique. Est-il plus efficace d'avoir un ou plusieurs sites d'injection ?

 Réponse de M. le Pr Rondot : Tout dépend des muscles. Sur des muscles parfaitement accessibles comme le sterno-cléïdo-mastoidien, on peut parfaitement se contenter d'une seule injection. Sur des muscles moins facilement accessibles comme les muscles postérieurs de la nuque, on peut réaliser une, deux ou trois injections. Certains médecins, les Anglais en particulier, ont préconisé plusieurs injections. Personnellement, je n'ai jamais été partisan de plusieurs injections, parce que j'ai remarqué qu'une seule injection donnait de bons résultats. Encore faut-il que cette injection soit assez proche de ce que l'on appelle le point moteur, c'est-à-dire proche de l'endroit où le nerf arrive dans le muscle. Et pour le repérer, il faut faire auparavant un examen électrique en regardant quel est le point qui, excité par la stimulation électrique, réagit le plus. En faisant l'injection à ce point-là, on obtient de très bons résultats. Pour ceux qui ne disposent pas d'électromyogramme, il vaut mieux, quand on n'a pas beaucoup l'habitude, faire plusieurs injections. 

Question : Depuis combien de temps pratique-t-on les injections de toxine B ?

 Réponse : La toxine B est commercialisée en France depuis juin 2001 et les essais cliniques ont commencé chez les patients atteints de dystonie plus de deux ans auparavant. On a donc un recul de près de 5 ans.

 Question : Quelle est l'efficacité de la toxine B par rapport à la toxine A ? À un congrès qui se tenait à Los Angeles il y a deux ans, ne disait-on pas que la toxine B avait une efficacité et une durée moindres que la toxine A ?

 Réponse de Mme X au sujet de la toxine B : Le problème que posait la toxine B au début était que les techniciens devaient tâtonner pendant longtemps avant de trouver le bon protocole d'injection. À présent, les protocoles d'injection de la toxine B sont bien définis et, en termes d'efficacité et de tolérance, elle est équivalente à la toxine A. On s'est rendu compte que, chez certains patients ( sans qu'on ait trouvé les critères qui expliquent cette différence ), la toxine B peut avoir une efficacité plus rapide mais moins durable. Chez d'autres patients, c'est au contraire la toxine A. On se rend donc compte qu'il existe une très forte variabilité entre les patients. Pour bien faire, il faudrait réaliser une étude clinique qui consisterait à comparer chez un même patient l'administration de la toxine B, puis, en respectant le même protocole, l'injection de la toxine A. On ferait ainsi apparaître la différence. Je ne crois pas qu'il y ait une supériorité de l'une par rapport à l'autre.

 Réponse de M. Y au sujet de la toxine A : Il est très subjectif de prétendre évaluer l'efficacité d'une toxine. Il faudrait, bien sûr, considérer le même patient ; mais, comme on ne peut pas le considérer au même moment, on risque d'enregistrer des différences d'efficacité dues au fait que le patient a pu changer dans divers domaines, et en particulier dans l'évolution de sa maladie. Il est donc difficile de dire si, oui ou non, une toxine est plus efficace que l'autre. Mieux vaut conclure qu'elles sont toutes les deux efficaces et s'arrêter là. 

Commentaire de M. le Dr Jedynak sur les interventions précédentes : Au sujet de la résistance. Il faut bien comprendre qu'il y a d'un côté résistance immunologique - les cas sont finalement très rares - c'est-à-dire création d'anticorps qui s'opposent à l'effet de la toxine ; et, de l'autre côté, des échecs partiels ou complets des injections de toxine, échecs qui n'ont pas forcément à voir avec des problèmes de résistance immunologique. Il faut être très strict sur la définition. Pour parler de résistance immunologique, il faut ce premier point : une résistance acquise, c'est-à-dire une efficacité initiale, suivie de la survenue d'une efficacité moindre ; enfin, l'absence d'efficacité. Devant cette résistance, d'autres éléments permettent de savoir si elle est de nature immunologique. D'abord, quand la toxine est efficace, ça se voit. Il y a un élément qui permet de le contrôler, c'est l'amaigrissement du muscle, c'est-à-dire, en terme médical, l'amyotrophie. Quand on injecte, en particulier, le muscle sterno-cléïdo-mastoïden le muscle diminue d'épaisseur, son tonus baisse, si bien qu'il suffit de le regarder, de le palper, pour savoir que la toxine a marché ou bien n'a pas marché. L'un des éléments qui montrent qu'il y a résistance est l'absence d'amyotrophie en dépit des injections répétées. Un troisième critère indispensable consiste à démontrer véritablement qu'il y a résistance immunologique, en appliquant de petits tests tels celui qui consiste à injecter la toxine au niveau d'une ride ( si la toxine est active, on voit la ride s'effacer ) ou bien à l'injecter au niveau d'un muscle du pied, le muscle pédieux. Après cette dernière injection, il faut faire une étude électromyographique au niveau de ce muscle et au niveau du muscle symétrique, refaire cette étude trois semaines plus tard et voir effectivement quel est l'effet de la toxine directement sur le muscle et le mesurer. Il faut être strict sur ces critères. On constate une tendance qu'il faut freiner, et qui consiste à passer d'une toxine à l'autre. Le passage de la toxine A à la B ne doit pas être justifié par la curiosité de voir ce que cela donne, mais doit être décidé par une raison impérative : une véritable résistance immunologique, qui est véritablement rarissime. À propos de la Toxine B, l'AMM ( autorisation de mise sur le marché ) ne concerne que le torticolis spasmodique. Il n'y a pas eu d'études permettant d'obtenir l'AMM pour d'autres indications.

 Question : Donc, quand vous commencez un traitement, vous commencez par la A ?

 Réponse de M. le Dr Jedynak : Chaque médecin, chaque injecteur fait ce qu'il leur semble bon de faire. En ce qui me concerne, je considère que l'on dispose depuis de très nombreuses années d'une toxine active que l'on connaît, la A. Alors, pour passer d'une toxine active que l'on connaît, dont on maîtrise bien le maniement, à une toxine récemment mise sur le marché et que l'on connaît moins bien, il faut, à mon avis, réunir des critères de résistance indubitables. À mon sens, il n'y a pas beaucoup d'arguments qui justifient que l'on commence par une autre toxine que celle que l'on a l'habitude de manipuler.

 Question : Quand on parle de toxine, il y a l'aspect "toxique" qui peut inquiéter : peut-on garantir que la toxine s'élimine de l'organisme sans laisser de traces ?

 Réponse de M. le Dr Jedynak : L'élimination de la toxine est presque un inconvénient, dans la mesure où l'on est obligé de refaire des injections de manière régulière, tous les deux mois et demi à trois mois, car l'effet de la toxine s'estompe et disparaît. Il existe des patients à qui on injecte de la toxine depuis plus de 15 ans ; on bénéficie donc d'un recul important. En dehors du fait qu'ils ont encore besoin d'injections, ces personnes se portent tout à fait bien et ne présentent aucun trouble consécutif à la répétition des injections. 

Question : Quelle est la durée de l'effet liée à la fréquence et la dose des injections des différentes toxines ?

 Réponse de M. le Dr Jedynak : La durée de l'effet des toxines est quelque chose qu'il est extrêmement difficile d'évaluer, parce qu'elle dépend de la dose injectée. Il est extrêmement difficile de savoir effectivement si une toxine a un effet plus long qu'une autre. Selon certaines études, on a l'impression que la toxine B agit moins longtemps que les toxines A. Si l'on administre une dose très forte, on va avoir un effet prolongé, mais, à l'inverse, on risque d'avoir des effets secondaires liés à cette forte dose. Donc la durée de l'action résulte d'un compromis entre le souhait d'être longtemps efficace et les risques que l'on prend en donnant une dose élevée. Avec le recul et l'expérience commune, on est maintenant convaincu qu'il faut faire des injections dans des délais de deux mois et demi à trois mois, mais qu'il ne faut pas les rapprocher davantage, parce que les résistances immunologiques dont on a parlé tout à l'heure surviennent beaucoup plus facilement lorsque les séances d'injections sont répétées à court intervalle.

 Question : Est-ce que, lorsque qu'on a un spasme laryngé, l'on peut retrouver une voix normale ? Plusieurs témoignages signalent un affaiblissement extrême de la voix, voire une extinction, après une injection de toxine B, entre autres, dans le larynx.

 Réponse de M. le Dr Jedynak : Rappelons que la toxine n'est pas un produit antidystonique. Elle améliore la dystonie dans la mesure où elle produit un affaiblissement musculaire. Ce que l'on obtient est un compromis. Dans la dystonie, certains muscles ont une activité excessive et inappropriée. On injecte dans ces muscles de la toxine et cette injection a pour effet de diminuer l'activité du muscle dans lequel on fait l'injection et éventuellement de quelques muscles situés autour, selon la diffusion du produit. Par conséquent, ou bien l'on a un effet qui supprime l'hyperactivité dystonique - et alors il y a un effet favorable -, ou bien l'on a un effet trop fort - et l'on obtient une atonie. Il faut comprendre que l'effet des injections n'est pas absolu, c'est-à-dire qu'au bout d'un certain temps on a un effet modéré, puis un effet maximum, puis cet effet se dégrade, si bien qu'à un moment les gens sont gênés pour parler, à un autre moment parlent mieux, à un autre moment encore redeviennent dystoniques. Il y a comme cela de grandes variations qui sont dues au fait que la toxine agit de manière indirecte : elle agit en affaiblissant les muscles, mais elle n'agit pas sur la dystonie elle-même.

 Question : On parle de plus en plus dans certaines revues et à la télévision de toxine botulique pour effacer les rides : s'agit-il du même produit, utilisé indifféremment pour effacer les rides et pour traiter la dystonie ? 

Réponse du représentant du laboratoire ALERGAN : Oui, c'est le même produit ( BOTOX ). L'effet sur les rides a été découvert par les ophtalmologues et les neurologues qui utilisaient la toxine pour traiter les blépharospasmes. Ils ont constaté que la région située autour de l'oeil ne présentait plus de rides. C'est donc exactement la même toxine, mais il faut savoir qu'il n'y a pas du tout d'indication pour cela. Il s'agit vraiment de gens qui décident ces injections de leur propre initiative, surtout aux USA et dans les pays anglo-saxons, un peu moins en France. 

Question : J'aimerais recevoir des précisions sur la différence entre la toxine A et la toxine B. Quand on a commencé un traitement pendant trois ans de toxine A et qu'on passe à la toxine B, y a-t-il des effets secondaires ou une différence de résultat observable ?

 Réponse: Il n'y a pas d'effet particulier. Il faut que l'injecteur ait l'habitude d'employer la toxine B et il faut aussi qu'il sache comment le patient réagit à celle-ci. En fonction de ces informations, il sera peut-être amené à modifier la dose qu'il va donner après une première dose conventionnelle, mais il n'y a pas de problème particulier posé par le passage de l'une à l'autre.

 QUESTIONS POSÉES PAR ÉCRIT 

Question : À partir de quel âge peut-on envisager une opération et y a-t-il une limite ?

 Réponse de M. le Dr Jean-Luc Houeto : Une opération pour traiter la dystonie ? On peut opérer une dystonie à un stade relativement précoce de son évolution, dès lors que le handicap est sévère.

 Question : Peut-on arrêter l'évolution de la maladie ?

Réponse de M. le Dr Jedynak : On ne peut pas répondre de manière simple à cette question, dans la mesure où l'on parle de dystonies au pluriel. Il y a des gens qui présentent une dystonie généralisée, qui sont sur un fauteuil roulant, et d'autres qui ont une dystonie laryngée, un torticolis spasmodique. Toutes les dystonies sont différentes, sans parler des dystonies secondaires qui sont dues à des pathologies diverses comme des traumatismes, des maladies métaboliques ou autres. Peut-on arrêter l'évolution de la maladie, par exemple guérir d'un torticolis spasmodique ? Ce dont on s'aperçoit, quand on suit les gens pendant de très nombreuses années, c'est qu'on arrive à faire en sorte qu'ils aillent bien, c'est-à-dire qu'ils mènent une vie normale. Sont-elles véritablement guéries ? N'y a-t-il plus rien du tout ? On ne peut l'affirmer. Il y a d'autres personnes qui souffrent d'un torticolis spasmodique pendant des années, qui vont mieux quand on leur fait des injections, qui vont moins bien quand on les espace et qui continuent d'avoir leur torticolis. Une chose est certaine, c'est qu'il y a, d'une part, la maladie elle-même et, d'autre part, son vécu : ce sont deux choses différentes. La maladie elle-même peut être stable et les gens peuvent la vivre de manière très différente. Très souvent, quand on les interroge, les gens qui souffrent de torticolis spasmodique répondent que la première année est la plus pénible. La maladie est-elle effectivement plus sévère à ce moment-là ? Ou bien se produit-il ensuite une certaine tolérance ou une certaine adaptation à la dystonie ? C'est une question à laquelle je ne sais pas répondre et que je me pose toujours. 

Réponse de M. le Pr Rondot : En ce qui concerne la dystonie généralisée, on n'a malheureusement pas actuellement de traitement qui soit très efficace, avec toutefois une exception majeure : les dystonies dopa-sensibles. Pour ces dystonies, on obtient une véritable guérison, avec une nuance : il faut que les patients continuent à se traiter avec des doses infimes de dopa ; mais ils redeviennent normaux, alors qu'ils étaient extrêmement perturbés au départ. Un de ces patients était en train de mourir quand je l'ai pris en charge. On a pu le libérer et il mène actuellement une vie tout à fait normale. Donc on peut espérer qu'un beau jour on trouvera dans d'autres cas de dystonies des traitements qui auront la même efficacité. Cela indique simplement qu'il y a à l'origine des dystonies des formes particulières et qu'il y a des troubles fonctionnels différents d'un cas à l'autre. En ce qui concerne les dystonies localisées, on enregistre des guérisons dans le torticolis spasmodique. On entend trop souvent les patients se plaindre d'avoir une maladie chronique qui ne guérira jamais... Ce n'est pas vrai ! On peut guérir du torticolis spasmodique. Avec une expérience de plus de 30 ans, je peux dire qu'il y a environ 20 % de cas de patients atteints d'un torticolis spasmodique qui ont guéri complètement et qui n'ont strictement plus rien. Ces guérisons surviennent habituellement assez tôt quand on les a traitées dans les premiers mois. Plus tard, il est plus rare de voir guérir complètement, même si on voit des formes très améliorées. Donc, sur le plan du pronostic, il faut bien insister sur le fait que ce sont des affections qui maintenant peuvent être traitées ou très améliorées. Il ne faut pas donner l'impression que l'on a affaire à une maladie incurable et éternelle.

 Témoignage d'une personne du public : Quand on apprend que l'on a un torticolis spasmodique, la première année est la plus difficile, parce que c'est une année de souffrance psychologique. En ce qui me concerne, après la première année, j'ai fait le choix de parler à tout le monde de ce que j'avais et j'ai évacué tous les regards des autres. Je crois que c'est ça le principal : le jour où l'on a fait cela, on vit mieux avec son torticolis spasmodique. 

Question : J'ai un torticolis spasmodique et je suis soigné efficacement avec de la kiné en piscine. Or j'ai constaté que la rééducation de la dystonie n'est pas acceptée par tout le monde. 

Réponse de M. le Pr Rondot : La rééducation des dystonies localisées est une méthode française. Les Anglo-Saxons, qui pourtant sont très férus en matière de rééducation, ne pratiquaient pas la rééducation des dystonies. Je ne pense pas que la rééducation toute seule puisse suffire pour guérir les torticolis spasmodiques. Elle les améliore certainement beaucoup, c'est un élément important du traitement des dystonies localisées. 

Avis de M. Péres ( rééducateur ) sur cette question : Les meilleurs résultats sont liés à l'association de la toxine et de la rééducation. Souvent, la rééducation permet d'espacer les prises de toxine et permet ainsi aux patients de mieux vivre leur torticolis spasmodique entre deux injections. 

Le même intervenant du public : Le problème est qu'il n'y a pas beaucoup de rééducateurs qui s'intéressent à la dystonie.

 Réponse de M. le Pr Rondot : Nous faisons un gros effort dans ce domaine et M. Bleton a parcouru la France pour faire des sessions de formation pour les dystonies. Il y a maintenant beaucoup plus de rééducateurs qu'autrefois et cela doit se multiplier. L'important est que les rééducateurs sachent comment faire pour rééduquer, parce qu'ils peuvent aussi avoir des gestes qui sont maladroits, voire susceptibles d'aggraver le torticolis spasmodique. 

Une autre personne du public : Les neurologues présents pensent-ils que la toxine est suffisante pour soigner un torticolis spasmodique ? 

M. le Dr Y. : Il faut faire tout ce qu'on peut effectivement faire pour que les gens aillent mieux. Il ne faut pas s'enfermer dans une attitude sectaire, mais considérer qu'il existe un traitement parmi d'autres. C'est l'association des injections et de la rééducation qui donne, à notre connaissance, le meilleur résultat. 

Reprise des questions écrites : Un torticolis spasmodique peut-il disparaître totalement, puis reparaître avec une intensité plus forte ? 

Réponse de M. le Dr Jedynak : Une chose est importante à savoir : il y a quelquefois des cas de torticolis spasmodique qui s'estompent de manière naturelle au bout de quelques mois et qui ont l'air de disparaître. On observe cela surtout chez des sujets jeunes ( 20 ans, 30 ans ) qui ont un torticolis spasmodique pendant quelques mois et puis, sans qu'on ne fasse rien ou bien à l'occasion de traitements, voient leur trouble s'atténuer et disparaître. Seulement, il existe tout de même un risque que ces gens retrouvent un torticolis plus tard. On le sait parce que certains patients, qui viennent nous consulter avec un torticolis spasmodique à l'âge de 50 ou 60 ans, me disent qu'à l'âge de 20 ou 30 ans, ils ont connu une période pendant laquelle ils ont eu ce torticolis transitoire. Ces formes de torticolis transitoires sont rares, on parle de 10 %, bien que ce soit extrêmement difficile à chiffrer, mais c'est quelque chose d'important à connaître parce que, quand on fait un traitement avec injection de toxine, si l'on continue de faire toujours les injections sans attendre que le torticolis spasmodique se réinstalle, on peut être amené à continuer à faire des injections pendant des années alors même que le patient n'en a plus besoin. C'est l'un des éléments qui font qu'on a tendance à attendre que le torticolis spasmodique se manifeste à nouveau pour réinjecter. 

Question : Où en est-on au niveau des opérations chirurgicales ? 

Réponse de M. le Dr Jedynak : Il y a deux types d'opérations chirurgicales : d'une part, les interventions périphériques qui visent les nerfs et les muscles périphériques et, d'autre part, les interventions centrales, dont on va parler longuement tout à l'heure. Pour ce qui est des interventions sur les racines nerveuses qui commandent les muscles du cou, Alain Destée et moi-même avons lancé un appel auprès des chirurgiens pour que ces interventions soient évaluées selon des échelles internationales connues. Nous attendons maintenant que les chirurgiens nous disent exactement quels sont les résultats obtenus par ce type d'intervention. Par contre, pour ce qui est des interventions consistant à implanter des électrodes profondes de stimulations pallidales, je pense que c'est le moment de passer la parole à Jean-Luc Houeto. 

M. le Dr. Houeto : Pour commencer sur la stimulation profonde, rappelons qu'il y a déjà plusieurs années qu'existe un traitement chirurgical des dystonies. Initialement, ce traitement était basé sur la destruction de zones cérébrales profondes que l'on ciblait. Ces destructions avaient une certaine efficacité, mais avaient aussi l'inconvénient d'entraîner parfois des complications irréversibles dont l'effet n'était pas toujours mesurable au moment où l'on faisait le traitement. Il y a une technique qui a vu le jour il y a plusieurs années, notamment grâce à l'équipe de Grenoble du Pr Benabid, et qui vise à implanter des électrodes dans le cerveau. Ces électrodes sont reliées sous la peau par un câble qui descend le long du cou et qui sont reliées au niveau de la poitrine à ce qu'on appelle un stimulateur qu'on implante sous la peau. C'est comme un pacemaker qui délivre un courant électrique. Quel est l'avantage de cette technique ? Une fois qu'on a mis la pointe des électrodes dans la zone cible sur laquelle on compte avoir une efficacité, on allume le stimulateur et il délivre un courant électrique. Ce courant électrique joue, en tout cas pour certaines lésions du cerveau, le même rôle que la lésion, c'est-à-dire qu'il procure une neuro-inhibition, il bloque le fonctionnement des cellules. En bloquant le fonctionnement des cellules, il fait comme si on les détruisait ( mais les cellules sont toujours là ), ce qui veut dire que quand on va arrêter le stimulateur et le courant électrique, le patient va redevenir comme il était avant l'opération, c'est-à-dire, en l'occurrence, dystonique. C'est ce qu'on appelle la réversibilité de la technique. La deuxième chose importante dans cette technique, et que ne permettaient pas les lésions, c'est que, une fois les lésions réalisées, on ne pouvait pas ajuster la taille de la lésion ou son effet en fonction de l'évolution de la maladie ou des symptômes des patients. Or cette technique-ci a un avantage, que nous appelons l'adaptabilité : on peut régler les paramètres du stimulateur, la fréquence, l'intensité du courant électrique et la largeur d'impulsion. Cela permet ainsi d'adapter le résultat et l'efficacité aux symptômes des patients. C'est une opération qui est relativement lourde, qui dure de 6 à 8 heures, et qui demande l'investissement et la coopération d'une équipe multidisciplinaire, puisqu'il faut, par exemple, un spécialiste de neuroradiologie ( radiologie des images du cerveau ) pour permettre de bien déterminer les coordonnées de la zone où l'on veut installer les électrodes. Il faut aussi un chirurgien spécialiste chargé de placer les électrodes. Il faut en outre des neurologues pour s'occuper des patients avant, pendant et après l'intervention. Cette technique est utilisée de par le monde pour traiter depuis quelque temps la maladie de Parkinson, et l'une des choses qu'on a apprises en traitant la maladie de Parkinson, c'est le principe de l'effet de cette technique sur la dystonie : le parkinsonien peut présenter, quand il prend des médicaments, des mouvements involontaires, qu'il ne peut contrôler. Ces mouvements ont été traités en plaçant des électrodes dans la structure qu'on appelle le pallidum interne, qui est une structure profonde du cerveau. On s'est rendu compte, en traitant les parkinsoniens, que quand on fait passer le courant dans cette électrode, on inhibait les mouvements anormaux. L'idée a été d'appliquer la technique aux sujets souffrant de dystonies généralisées. Des interventions ont été réalisées dans le cadre d'un programme PHRC. C'est un programme hospitalier de recherches cliniques, qui regroupe 20 patients, programme cordonné par Mme le Professeur Vidailhet. Cela implique plusieurs centres, un à Paris ( je me suis occupé des patients parisiens avant de venir travailler ici dans cette structure ), un à Grenoble, un à Bordeaux, un à Lille. L'objectif de cette étude expérimentale était de démontrer l'efficacité de la stimulation du pallidum interne, qui est la structure visée par la stimulation, dans sa partie sensori-motrice. On sait que, dans cette structure profonde, il y a une distribution des rôles et qu'une partie de la structure concerne le mouvement, une autre partie le fonctionnement intellectuel ( la mémoire, etc. ) et une autre partie la structure qui régule les comportements et les émotions. La question est donc : en visant la partie de la structure qui s'occupe des mouvements, peut-on exercer une action sur la dystonie ? Ensuite, il faut déterminer les paramètres du stimulateur qui sont susceptibles de traiter au mieux les choses. Enfin, il faut essayer d'étudier les résultats en référence avec la position de l'électrode, c'est-à-dire en recherchant la zone de la partie profonde susceptible d' améliorer le mieux la dystonie. Voilà les objectifs de cette étude. On a opéré maintenant les 20 patients et cette étude a été réalisée de la manière suivante. Les patients ont été pris en charge à l'hôpital et ont été évalués selon un protocole comprenant un examen total de leur état, et une IRM cérébrale. Ces patients ont été opérés, puis ils ont été revus après l'opération au bout d'un mois, trois mois, six mois, puis douze mois. À chaque fois qu'on les revoit, on les réexamine, on les filme en leur faisant passer une échelle de handicap de la dystonie. Pour avoir le maximum d'objectivité, pour déterminer quel est le résultat effectif, les patients ont été filmés et ces films ont été visionnés par une personne qui n'était pas au contact du patient et qui, a priori, ne savait pas quel était le stade antérieur du patient. Ce visionnement était réalisé après que tous les films avaient été d'abord mélangés. Autrement dit, le film d'un patient pouvait le présenter d'abord après l'opération, puis avant, indépendamment de l'ordre chronologique réel suivi par la thérapeutique. Cette manière de faire permet d'obtenir une “lecture” qui est la plus objective possible. C'est ce qu'on appelle en jargon technique une lecture “en aveugle”. Le but est d'évaluer le plus objectivement possible le degré d'amélioration du score du handicap de la dystonie, puis d'analyser quels sont les paramètres de la stimulation qui apportent la plus grande amélioration. Quels sont les résultats ? Ils sont actuellement disponibles pour 14 patients. C'est une étude à petite échelle qui demande un énorme investissement en travail. Ces 14 patients, 7 femmes et 7 hommes, étaient en moyenne âgés de 31 ans +/- 12 ans ( patients jeunes ). La durée moyenne d'évolution de leur maladie était de 20 ans +/- 8 ans. Les patients, pour la plupart, avaient démarré leur maladie dans leurs dix premières années et présentaient une forme généralisée de dystonie. On s'est rendu compte, grâce à cette technique, que, six mois après l'opération, la plupart étaient améliorés en moyenne de 50 %. On diminuait donc de moitié la sévérité de la dystonie. Cette amélioration était une moyenne, car il y avait des patients qui n'étaient que peu - ou même pas du tout - améliorés, alors que d'autres étaient améliorés jusqu'à 90 %. Il y a donc une grande amplitude d'amélioration, avec une moyenne de 50 % et des extrêmes allant de 0 à 90 %. Cela soulève une question : à l'intérieur de ce groupe, pourquoi certains ont-ils été améliorés, et pourquoi d'autres l'ont-ils été moins ? Cette question aussi est l'objet de la recherche et permet d'expliquer aussi pourquoi ce n'est pas un résultat qu'on généralise immédiatement. Deuxièmement, élément important, cette amélioration était lente et progressive dans le temps : les patients n'étaient pas améliorés du jour au lendemain, mais progressivement, sur 6 mois, et même un an après l'opération. Troisièmement, on n'avait pas d'effet d'amélioration de la parole sans qu'il y ait eu d'effet sur les anomalies de la parole, sur tout ce qui était dystonie de la parole. Et, enfin, il y a eu des complications bénignes : deux infections du stimulateur qui a dû être retiré et changé de place. Il y a donc probablement encore du travail à faire pour aller plus loin, et comprendre pourquoi certains patients sont améliorés et d'autres pas. Quelles sont les perspectives qu'ouvre ce travail ? Rappelons que ce sont des résultats préliminaires, car 20 patients, ce n'est pas beaucoup, et il faut les suivre longtemps pour voir comment cela se maintient. Il reste encore à travailler à partir des données de cette étude pour déterminer quels sont les patients "idéaux" qui pourraient le mieux profiter de cette technique ( il est évident qu'elle ne s'adressera pas à tous les patients dystoniques ). Deuxièmement, il semble que cette technique convienne plutôt à des formes de dystonie généralisée, à des patients qui ont une maladie étendue, sévère, présentant des secousses ou des mouvements brutaux. On a eu des patients qui avaient des anomalies ou des torsions fixées et qui ont été apparemment plus ou moins améliorés. La technique a eu moins d'effet sur les formes toniques avec postures fixées. Troisièmement, quand les patients avaient constitué des déformations osseuses ( parfois dans les formes très sévères, quand la maladie commence très tôt, il peut y avoir, à cause de la dystonie, des anomalies, des déformations au niveau osseux, au niveau du rachis...), l'amélioration ou, du moins, la récupération fonctionnelle, c'est-à-dire le fait de retrouver l'usage de ses membres et la fonction motrice, étaient de moins bonne qualité. Enfin, il reste à analyser la corrélation anatomo-clinique, c'est-à-dire la relation entre la localisation de l'électrode et les résultats obtenus, afin d'essayer de déterminer quelle est la zone du cerveau qui améliore le plus les symptômes. Pour conclure sur cette technique, on dira qu'elle enregistre des résultats plutôt encourageants, mais aussi qu'elle ouvre des perspectives de travail qui doivent permettre de mieux comprendre et de préciser les choses. 

Remise du prix Duchenne de Boulogne 

Allocution de M. le Pr. Rondot  

Aujourd'hui est une journée importante, puisque nous allons décerner le prix de la Ligue Française Contre la Dystonie. Avec le temps et l'apport régulier des cotisations, un fonds s'est constitué. Pour savoir comment employer au mieux cet argent, j'avais préconisé dans un premier temps qu'on prenne en considération ce qui pourrait être le plus utile pour les patients. Certains ont besoin d'appareillages qui sont difficiles à obtenir ou pour lesquels les organismes sociaux ne donnent que relativement peu de secours. Nous avons publié dans le bulletin une note sur ce sujet et, en définitive, relativement peu de besoins se sont manifestés, ce qui prouve qu'on arrive quand même à obtenir ce que l'on demande grâce aux organismes sociaux. Deuxième possibilité pour employer cet argent : décerner un prix, comme le font beaucoup d'autres associations. Nous avons donc lancé, il y a deux ans, un programme concernant le prix qui va être remis aujourd'hui. Ce prix a été décerné de la façon suivante : on a demandé aux chercheurs de nous envoyer un texte qui devait porter soit sur un travail qu'ils ont réalisé, soit sur un projet de travail concernant la dystonie. Ces documents ont été remis à chacun des membres du conseil scientifique de la Ligue, à qui il a été demandé de distribuer des notes concernant la qualité de ces travaux. Ces notes ont été calculées et additionnées et celui qui a eu le meilleur score l'a emporté. C'est donc M. le Dr Vercueil, ici présent, qui a obtenu le plus fort total et a emporté le premier prix de la Ligue Française Contre la Dystonie. Le Dr Vercueil est de Grenoble ; il travaille avec l'équipe de M. Benabid sur la chirurgie de la dystonie, dont il va nous parler dans quelques instants. Mais auparavant, j'aimerais vous dire pourquoi nous avons appelé ce prix "Duchenne de Boulogne". Duchenne de Boulogne est un personnage assez extraordinaire et qui mérite une grande admiration. Il est né en 1805 à Boulogne ( la mention "de Boulogne" n'est pas un titre nobiliaire, mais indique simplement son lieu de naissance ) dans une famille qui était fixée là depuis un siècle : son père était corsaire et était chargé de pilonner les navires anglais qui passaient au large des côtes ; sa mère était issue d'une famille de pêcheurs. Ses parents espéraient bien que leurs trois enfants deviendraient aussi à leur tour pêcheurs. Or Duchenne de Boulogne rompit avec la tradition familiale et demanda à faire... sa médecine. Nous sommes en 1825 et, bien que ce projet parût saugrenu, eu égard à l'époque et au milieu, le père eut la sagesse de ne pas s'opposer au choix de son fils et accepta que celui-ci parte pour Paris pour y faire sa médecine. Il y fait des études sérieuses, mais sans jamais passer de concours. Une fois docteur, il retourne à Boulogne pour y exercer. Il s'y marie mais, au bout de trois ans de mariage, a la douleur de perdre sa femme, qui succombe d'une fièvre puerpérale après avoir accouché d'un garçon. Son entourage le juge mal et injustement, prétend qu'il n'a pas soigné correctement sa femme, tant et si bien qu'il finit par quitter Boulogne et part s'installer à Paris, en dépit de la clientèle bien établie qu'il avait déjà à Boulogne. Peu de temps avant son départ, Duchenne avait commencé à s'intéresser à la technique récente de l'électrologie, avait expérimenté des stimulations sur des patients et avait le sentiment d'avoir trouvé un traitement efficace. Arrivé à Paris, il reconstitue une clientèle honorable, mais le voilà aussi à présent lancé de plus en plus dans l'électrothérapie, non pas dans l'électrodiagnostic, mais dans la stimulation des muscles. Lui qui n'avait reçu aucune formation universitaire, se met à fréquenter les hôpitaux, où il reçoit d'abord un accueil très réservé. Il observe en particulier les patients atteints de paralysies. Il recherche, avec son appareil électrique, à déterminer précisément quels sont les muscles qui provoquent les mouvements. Grâce à cette méthode électrologique, il peut se comprendre ce qui se passe et quelle est la fonction des différents muscles. À l'époque, on ne savait pas bien quelles étaient les fonctions des différents muscles dans l'organisme, si bien que Duchenne voit assez rapidement ses travaux reconnus. En 1851, l'Académie de médecine lui décerne un prix sur les fonctions des muscles de la face démontrés par les stimulations localisées ( quels muscles faisaient sourire ? quels autres bouder ? ). Puis, en 1862, Duchenne rédige un mémoire sur les mécanismes de la physiologie humaine qui produisent les expressions et les passions. Il a aussi entre-temps écrit un autre livre important : De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique. C'est là qu'il livre une grande partie de son savoir concernant l'électrologie. Il fréquente un grand nombre d'hôpitaux et, entre autres, l'Hôtel-Dieu où officiait Trousseau, ainsi que l'hospice de la Salpêtrière, où l'on accueillait essentiellement des femmes âgées. C'est auprès de ces personnes qu'il se présente avec son appareil et leur demande si elles acceptent de se faire stimuler pour identifier les muscles qui fonctionnent dans l'organisme. C'est ainsi qu'il arrive à mettre sur pied un catalogue des différentes fonctions des muscles. Ce traité sur les physiologies du mouvement était si important qu'il fut reproduit et réédité un siècle plus tard, en 1967, sans qu'on y change un mot, parce qu'il n'y avait en effet rien à changer à sa physiologie des mouvements. Il s'est aussi intéressé à ce qui conditionne le mouvement et a compris en particulier que les troubles de la motricité n'étaient pas uniquement dus à des paralysies, mais pouvaient aussi être induits par des troubles de la coordination. Il a ainsi décrit la grande ataxie, l'ataxie locomotrice qui porte son nom de Duchenne. En médecine, d'autres syndromes sont aussi associés au nom de Duchenne. Il vécut jusqu'à 71 ans, était très honoré, fréquentant les cours, invité pour consultation par la reine Victoria et par le roi d'Espagne. Il était désormais une personnalité importante du monde médical. Charcot, en particulier, lui avait largement ouvert les portes de la Salpêtrière et le considérait comme l'un de ses maîtres. C'est donc en l'honneur de ce monsieur, qui fut un autodidacte particulièrement intelligent, que nous avons voulu attacher à ce prix le nom de "Duchenne de Boulogne". 

Le premier prix de la Ligue Française Contre la Dystonie est donc remis au docteur Laurent Vercueil. 

M. le Dr Jedynak apporte quelques précisions à propos du prix qui vient d'être inauguré : On a voulu que ce prix soit ouvert : le règlement spécifiait que toute personne susceptible de travailler, de faire une étude sur les dystonies, pouvait être candidat. On ne souhaitait pas spécialement que ce soit un médecin. Il se trouve que seuls des médecins ont participé, mais on regrette un peu qu'il n'y ait pas eu, parmi les candidats, des travailleurs sociaux ou des kinésithérapeutes ou encore des personnes œuvrant dans un domaine plus large que le cercle médical. L'âge limite pour concourir a été fixé à 40 ans, dans le but non pas de récompenser une personne qui a déjà reçu des honneurs et a accompli une belle carrière, mais d'encourager des sujets jeunes pour la réalisation d'un travail projeté ou en cours, portant sur la dystonie. Les quatre dossiers remis ont tous été d'excellente qualité et l'on est fier, dans notre association, d'avoir pu distinguer des travaux qui sont tous intéressants et qui nous concernent tous. Les notes ont été attribuées de la manière suivante : il a été demandé aux membres du comité scientifique de noter sur 10 points la qualité scientifique du travail, sur 5 points sa faisabilité, c'est-à-dire les conditions pratiques de réalisation du projet présenté, et enfin sur 5 points l'adéquation du sujet aux buts de la Ligue, qui sont de soigner les malades et toux ceux qui souffrent de cette pathologie. Parmi les dossiers présentés, l'un émane de l'équipe de Bordeaux, qui accueille un grand nombre de patients, tous traités par la toxine botulique, et deux groupes de patients ont été distingués : un premier groupe n'ayant pas d'antécédents médicaux et un deuxième groupe qui avait, au contraire, des antécédents familiaux de cette maladie. C'est un travail d'épidémiologie et de génétique. La conclusion tirée de ce travail est qu'il n'y a pas de différence entre ces deux groupes. Cependant, la question reste posée : tous les cas sont-ils des cas génétiques ( les cas familiaux comme les cas non familiaux ) ? Y a-t-il une telle ressemblance entre les formes génétiques et celles qui ne le sont pas, qu'on ne puisse pas les distinguer ? Un deuxième sujet portait sur la crampe des écrivains. C'est un travail qui est en cours de réalisation à l'hôpital Saint-Antoine et qui est fondé sur des connaissances assez récentes du rôle de la sensibilité sur l'activité motrice dystonique. Certains pensent qu'il y a une modulation par la sensibilité de l'activité motrice. Dans cette conception, un projet d'étude au niveau du cortex a été élaboré. Il s'agit d'étudier l'aire sensitive primaire au moyen de la magnéto-encéphalographie et de l'IRM fonctionnel, qui permet de visualiser l'activation de certaines zones du cerveau. Cette étude est directement branchée sur nos activités et celles de M. Bleton, parce qu'il s'agit d'étudier des patients avant qu'ils aient reçu des traitements et ensuite de leur faire accomplir les mêmes épreuves après une période de rééducation. Une troisième étude était intitulée Formes progressives des dystonies et des tremblements d'utilisation instrumentales. Cette étude est essentiellement une synthèse clinique, car il s'agit de regrouper des patients qui présentaient une dystonie, des patients qui avaient des tremblements locaux et, enfin, des patients qui présentaient à la fois dystonie et tremblement. Ces patients avaient tous en commun une activité acquise, répétitive, précise. Il s'agissait donc donc de gens qui avaient des dystonies du type crampe de l'écrivain, crampe du musicien ou de type équivalent après l'utilisation de différents outils, ou l'exercice d'une activité extrêmement répétitive. Cette étude débouche sur un type de rééducation particulier qui vise à arrêter la répétition de ces activités, c'est-à-dire à éviter de mettre en jeu toujours les mêmes muscles, toujours de la même façon. Le quatrième projet sera évoqué par M. Laurent Vercueil lui-même. Résumé de la présentation du Dr Laurent Vercueil, lauréat de la Ligue M. Vercueil se fait le porte-parole de deux équipes de chercheurs, médecins et chirurgiens de Grenoble et de Lyon. L'étude présentée repose sur la possibilité de mesurer l'activation régionale cérébrale pendant certaines activités déterminées, en tomographie par émission de positons ( TEP ). Cette technique de mesure de débit sanguin régional montre habituellement chez le sujet dystonique un défaut d'activation de l'aire sensori-motrice et une hyperactivité préfrontale. Des sujets témoins exécuteront des mouvements codifiés à l'aide d'un joy-stick et les variations de débit régional seront comparées avec ce qui est observé chez des sujets dystoniques porteurs d'une stimulation bipallidales. Les électrodes de stimulations seront inactivées - état “off” - et activées - état “on” - et les comparaisons seront faites entre les sujets témoins, les sujets dystoniques stimulés ou non stimulés. Le but de l'étude est de juger du rôle respectif des diverses structures cérébrales dans la dystonie et d'apprécier l'effet de la stimulation sur ces régions selon les états respectifs “on” et “off”. 

Une fois ce travail terminé, Laurent Vercueil s'est engagé, selon le règlement du prix, à exposer les conclusions de l'étude devant une prochaine Assemblée Générale de la LFCD